Lestée de tristesse

Lestée de tristesse
Âme dans les poings, enserrée ;
Au crépuscule cendré
D’un jour bien trop long ;

Brume auprès,
Lorgne mon tillac ;
Douceur captieuse
D’une palangre argentée.

Lamaneur assoupi
Au jardin de posidonies ;
Vestige d’un dénouement…
Régulus égratigne l’obscur !

Rayonnement de la ville

Le rayonnement de la ville
Tue les étoiles ;
Appuyée à la lisse,
Je guette la lueur

D’un petit jour,
Mauvais par bêtise ;
Sur une eau si étale
Qu’elle en semble solide,

Dans une nuit si calme
Qu’on entend nos souvenirs rouiller ;
Mon cœur est à Carthagène

Et ma colère, dans la Mer des Sargasses.

Vous pouvez découvrir ici les textes écrits par Frédérique Torrès, Metteuse en Scène de La Compagnie des Dérisionnaires, qu’elle met également régulièrement en ligne sur sa page Facebook : Frédérique Torrès-Théâtre

Mon âme vacille

Mon âme vacille ;
Touries d’encre et d’acide ;
Magie prévaricatrice
Aux boues mouvantes ;

Tadornes crient bas
Au Lebeche dissonant ;
Éblouissante allégresse
d’une impitoyable sérénité ;

Fatale poussière
Rague ma mémoire ;
Impéritie d’une trêve ;
Au Tournefort de ma peine.

Du levant au ponant

Du levant au ponant
Fuyant l’endogamie
D’un horizon confiné,
Nez levé au noroît ;

Enkystée dans des temps morts,
Frileuse, l’œil rougi aux amers
Misaine, misaine,
Cœur à pible ;

Pétaudière chérie
Libère-moi du transept ;
Xylophages gourmands
Faites disparaître ma cabane !

Spectacle des Dérisionaires

Voici le spectacle que nous n’aurons hélas pas le bonheur de vous présenter cette année.
Mais, c’est officiel, nous prenons rendez-vous avec vous pour Juin 2021 !
Un clin d’œil plein de tendresse aux comédiens privés de dessert : Xavier Babiarz (Bizarre Biavax), Hélène Berthoz, Vincent Bosc, Jérémie Boudinet, Marco Bouillon, Anaïs Cadeau, Sophie Lambert, Amandine Capra, et Laureline Pascal…
Un coucou affectueux et nostalgique à l’adorable Christophe Lecomte qui aurait dû nous accueillir pour notre dîner de dernière à La Ravigote. Nous ne serons pas chez toi le 7 Juin, très cher Christophe, mais ça n’est que partie remise !

Mots d’encre

Mots d’encre
Comme mer ténébreuse
Sous la nue éphélide,
Persilleuse émérite ;

À la proue du brigantin
Le dictame
Illumine le pouacre ;
Agitation babillarde

D’une vie vert-de-grisée ;
Collimation têtue
D’une étrave mélancolique
Au remous familier.

Monde trouble et purotin

Monde trouble et purotin,
Chuintement atrabile,
Chuchotement mouillé
D’un reflet terni ;

Les peurs ensauvagent ;
Engourdissement perisprit,
Fatigue et petits pas,
Gestes phagocytés ;

L’esprit tourneboulé ;
Ficelles à zygomatiques effilochées ;
J’observe la décarrade à chanstiquer,
Du haut de l’apophyse.

Mon allant fait buisson creux

Mon allant fait buisson creux
Dans ce silence anthropocène ;
Voix de rogomme
Comme mer indocile ;

Aménité orichalque ;
Horizons pénombreux ;
Trébuchant sur les marcottes
D’une ire houleuse ;

Aux lueurs troubles et laiteuses de l’aube ;
Scalène d’une inspiration trop forte ;
Tollé dans cette torve plénitude ;
Baste ! Je me ferai cicérone d’un chambardement !

Accorte résilience

Accorte résilience ;
Clé dynamométrique de nos résistances ;
Espérance du jusant ;
Nuages soudés par la clarté lunaire ;

Mer ourlée de brisants ;
Uchronie d’un espoir déçu ;
Friselis d’une page tournée ;
Nostalgie chronophage ;

Nuages soudés par la clarté lunaire ;
Glauques luisances ;
Embossons nos émotions
Et notre gaupe apathie.

Nodosités du temps

Nodosités du temps ;
Feutré d’une lourde et antique poussière ;
Dans une pénombre verte ;
Cri crépusculaire d’engoulevent ;

Quinquet, sanglante phalène ;
Chicane l’horizon maussade !
Suffit de se répandre en jérémiades ;
Dans les aîtres de nos pensées ;

Forçons le débonnaire à se déboutonner ;
Culbutons le folâtre ;
Soyez maudits, échevins ;
Dansons follement sur les tertres.

Clarté lunaire

Clarté lunaire s’accrochant en reflets bleuâtres ;
Trait de feu à fleur de brume ;
Lueur rousse sur l’horizon d’Est ;
Vilebrequin, troue ce miroir piqué !

Silence citadin lourd et méphitique ;
Calme banturle et félon ;
Imaginaire réduit à pauvre paréidolie ;
Lucanes agitent leurs mandibules ;

Tendresse absurde du vert ;
Bourgeons hypertéliques ;
Yeuse boudeuse, privée d’adorateurs…
Sacrée barcasse !

Anicroche de l’existence

Anicroche de l’existence ;
Murmure contrit de clabaudage ;
Atmosphère mesquine et tapageuse de la ville ;
Senteurs suries et graillonneuses prennent la bande…

Tosse notre barque ;
Adieu algarades ;
Criailleries, médisances ;
Le nœud gordien est tranché ;

Atrabilaires et vaines fumées ;
Envolés !
Grèbes, tout à coup flamboyants ;
Font obvier au sinistre.

La bruine ternit les perspectives

La bruine ternit les perspectives ;
Passants miteux et résignés ;
Tendus comme torons ;
Dans un brouillard de poussière liquide ;

Instables comme grandes dolines
Sur le miroir humide des pavés ;
Visages de galalithe songeurs ;
Perdus dans un monde inique ;

Gourmandise d’amarante ;
Dans ce décor usé ;
Virole sur l’ambition larvée ;
Scintillement heureux entre deux gerbes d’eau sale.

Qui vive ?

Qui vive ?
Au vent malsonnant ;
Zézayant un appel ;
Piaille la feuillée ;

Pensées confuses
Lourdes de certitudes prochaines ;
Muid à raz plein
Sous l’ondée ;

Marchant l’amble
Vers la vie rouge d’un grand feu ;
Lumières palpitent
Dans mon œil voilé.

Frimas valétudinaires

Frimas valétudinaires ;
Poussah égrotant ;
Potentat sur la déclive ;
Dernière pichenette sur ton visage mafflu !

Sous les nuages soigneusement frangés ;
S’affolent les mornes tarets ;
S’aiguise la vision géodésique ;
Dans un bruit aigre de soie déchirée ;

Vent coulis gourmande l’artimon ;
Le pavé bleu sonne creux sous mes pas ;
Quittons cette gibbosité nocturne ;
Aux âcres relents cynégétiques.

Ruisselle l’eau du ciel

L’eau du ciel ruisselle des ramures noires ;
Tavelure, fatale moisissure ;
Ombres bleues, redoutables comme des gouffres ;
Parade fantoche daubant le triste hiver ;

Dans une gloire de poussière ;
Des profondeurs obscures ;
Guivres nichés dans les grumes ;
Résonne une voix de Rogomme ;

Nuées hagardes sur l’aile grise du vent ;
Moignons de souches, hérissent le sol lisse et gras ;
Humus libéré de son froid linceul ;
Maudits parages… Brasille la haute feuillée !

La lumière fond

La lumière fond sur les trottoirs mouillés ;
Gerbes liquides et aventurines ;
Fantôme dans la fenêtre ;
Fondu dans les grisailles du soir ;

La pluie jase ;
Ridant le caniveau ;
Branches nues, maigres panaches ;
Fouettent des pans épars de fumées humides ;

Reflet brouillé et blanchâtre ;
Longue silhouette ;
Cœur au bout des doigts ;
Lisse et sourd comme un caillou.

La nuit martèle les toits

La nuit martèle les toits ;
Parmi les buées ;
Mains pendant aux poignets de ma veste ;
Je frissonne au Noroit ;

Solénoïdes cérébraux ;
Au guéret de la mémoire ;
Taraudent mon cortex ;
Peu me chaut ;

Pâleur de primevères ;
Comme avenue d’ombrelles ;
Berce mon amnésie ;
Au son mélancolique des brisants.