Embéguée

Empéguée, ballant vers la nue
Orbe terrestre, écailles de saurien,
Lune ronde frottée d’argent ;
Dive nuit ;

Un brouillard d’eau noie la ville ;
Averse sur la poussière ;
Joie sélénite ;
Nuit impollue ;

Dans le noir de ce long minuit ;
Les opimes blandices
D’un jour ostensoir
Méritent pareil oubli.

Dense ennui

Dense ennui ;
Échappée d’or
Entamée de ténèbres ;
Épitomé d’un départ avorté ;

Que fleurisse l’Hellébore ;
Je me ferai thuriféraire
Du vent aigre comme plainte ;
Des ramures mouillées de bruine ;

S’évanouisse un présent falot
Aux contours peu amènes ;
Qu’en un formidable bruit, ébranlant les nuées ;
M’en aille vaguer vers cet horizon igné.

Comme moisissure

Jours, trainant sur toutes choses comme moisissure
Pierres mortes, argentées par la ballade nocturne des limaces;
Clair de lune cendré, rostre d’un voyage oublié ;
La nue se voûte sur une lancinante attente ;

Galalithe nature aux senteurs de pétun…
Que s’ouvre un œil d’entomologiste
Dans ton visage mafflu ;
Et que le gymnote éclaire enfin la berge ;

Silhouettes de brume prennent chair ;
S’anime la grande fumée immobile ;
S’envole cette désolation en une nuée de foulques ;
Dans un ciel apaisé, chassant peine et ennui.

Frisson de brise

Frisson de brise ;
Almes remous ;
Du profond miroir
De la langueur ;

Froufroute le soyeux
D’un vol de noctuelles ;
Fini de drosser
Repos aigrefin ;

Que l’étoupe salvatrice
Me sauve de l’anoxie ;
Ébranle l’espace jusqu’aux nuées ;
Regard vissé sur l’horizon.

Fantômes d’arbres

Fantômes d’arbres ;
Découpe bleue
Pailletée de brume ;
Glissent au fil de ma course ;

Lueur mouvante
Piquée dans la nue ;
Splendeur mélancolique ;
Glisse mon brick perdu ;

Douceur de regards que la vie exila ;
Églogue ingénue
À une fringale posthume ;
Glisse mon amertume.

Je caresse du front les nuées

Je caresse du front les nuées ;
Dans un paysage bleui ;
Par un crépuscule naïf ;
Délivré d’une poussière corrodante ;

Point besoin de trocart ;
Je connais le fluide ;
L’orbe de l’astre ;
Ambrant la moraine ;
Tranchant pierreux, douceur saxifrage…

C’est l’heure où le tout s’apaise ;
Happé par quelque être fumivore ;
La rage faisant buisson creux ;
Dans un effluve alliacé.

Escamotée comme une muscade

Escamotée comme une muscade ;
Cette pluie au carrefour d’ombre ;
Cascatelles médicastres ;
Sur une terre trop asséchée ;

Point de ladrerie pourtant ;
Pas plus de félonie ;
La ville respire à nouveau ;
Rodomontade aux grincheux ;

Activant mes pattes de iule ;
Dans un flocon de brume ;
Je ravis mon andrinople optimisme ;
Aux escarpes avides.

Que ma bouffarde odorante

Que ma bouffarde odorante ;
Pommelle joliment les cieux ;
À l’Ouest où traine encore ;
Un dernier rougeoiement ;

Vilaines solitudes ;
Friselis mélancolique ; 
Plantes rudérales ;
Carillon fantôme ;

Je serre de près le vent du large…

Miroir tavelé ;
Remugle méphitique;
Je fouaille mon inquiétude, 
d’une main de forban.

Hâve jardinet de l’attente

Hâve jardinet de l’attente ;
Poudré de fraisil ;
S’effilochent les brindilles vertes des viornes;
À l’oxhydrique lueur ;

Vilainement madrée ;
D’une impatience plébéienne ;
Narine palpitante ;
Je guette votre venue;

Frappent les trois coups du régisseur ;
Comme musique tellurienne ;
Viscères épinglés de pariétaires;
Avenez, chenapans !

Goule mâtine

Goule mâtine ;
Hoquet de boqueteau ;
Ouest teinté du sang du jour ;
Nimbant l’oseraie ;

Homoncules, gringalets ;
Misérables paltoquets ;
Disparaissent sans bruit ;
Au goudron des ténèbres ;

Accore paroi ;
Desserre ton étreinte ;
Que s’affranchisse enfin ;
Mon impertinent voyage.

Hâves silhouettes

Hâves silhouettes ;
Êtres de fumées délétères ;
Disparaissent enfin ;
Dans l’haleine de bruyère ;

Couardise de l’ombre ;
Lame d’airain
D’une faucille lunaire ;
Berlue polissonne ;

Erre la tristesse ;
D’orée en orée ;
Plus vaine que le vent ;
Dans la flouve odorante.

Nuit d’encre, nuit muette

Nuit d’encre, nuit muette ;
Parfum de rocambole ;
À l’amble d’une haquenée ;
J’erre en ce grimoire ;

Effleurement de noctuelle ;
En cette heure de bitume ;
Ébaubie ;
Guettant la clarté livide d’un éclair.

Grasseye, sous le vol de l’hobereau ;
Mollesse écœurante de la poix ;
Lueur neigeuse du salpêtre ;
Corpuscule dans le ciel infini, je prends mon envol.

Fanal à l’horizon

Fanal à l’horizon ;
Fin de nos tribulations ;
S’envolent nos pensées ancillaires ;
Tels des vilains ;

Ivres de liberté ;
Laissons libre cours à nos toquades ;
Plus besoin de potard ;
Ripostons avec usure ;

L’incarnat de notre énergie ;
Chasse le portefaix ;
Vive les dérisionnaires ! Vive !

Mon héliotropisme bégaie

Mon héliotropisme bégaie ;
Au rythme de la pluie zézayante ;
Qu’elle danse au moins en bulles joyeuses ;
Tendez-moi le coquemar !

Point d’idiopathie ;
Fi d’oxymores ;
Du soleil, nom d’un fiacre ;
Ne se fige le raisiné !

Capitules atrophiés;
Sous la voûte funeste ; 
Dans la ville liquide ;
Je guette une clarté solaire…

Ventre-saint-gris !

Mascaret déferlant;
Lumière palpitante ;
Ma vue se brouille ;

Pallide silhouette ;
Bleue d’ombre dure ;
Je suis Ahasvérus ;
Mastouche dans la bourrasque ;

Cocasse soit ma bataille ;
Dans ma fureur andrinople ;
Fifrelin dites-vous ;
Qu’importe ! Fi de gélines conventuelles !