Lestée de tristesse

Lestée de tristesse
Âme dans les poings, enserrée ;
Au crépuscule cendré
D’un jour bien trop long ;

Brume auprès,
Lorgne mon tillac ;
Douceur captieuse
D’une palangre argentée.

Lamaneur assoupi
Au jardin de posidonies ;
Vestige d’un dénouement…
Régulus égratigne l’obscur !

Rayonnement de la ville

Le rayonnement de la ville
Tue les étoiles ;
Appuyée à la lisse,
Je guette la lueur

D’un petit jour,
Mauvais par bêtise ;
Sur une eau si étale
Qu’elle en semble solide,

Dans une nuit si calme
Qu’on entend nos souvenirs rouiller ;
Mon cœur est à Carthagène

Et ma colère, dans la Mer des Sargasses.

Mon âme vacille

Mon âme vacille ;
Touries d’encre et d’acide ;
Magie prévaricatrice
Aux boues mouvantes ;

Tadornes crient bas
Au Lebeche dissonant ;
Éblouissante allégresse
d’une impitoyable sérénité ;

Fatale poussière
Rague ma mémoire ;
Impéritie d’une trêve ;
Au Tournefort de ma peine.

Du levant au ponant

Du levant au ponant
Fuyant l’endogamie
D’un horizon confiné,
Nez levé au noroît ;

Enkystée dans des temps morts,
Frileuse, l’œil rougi aux amers
Misaine, misaine,
Cœur à pible ;

Pétaudière chérie
Libère-moi du transept ;
Xylophages gourmands
Faites disparaître ma cabane !

Mots d’encre

Mots d’encre
Comme mer ténébreuse
Sous la nue éphélide,
Persilleuse émérite ;

À la proue du brigantin
Le dictame
Illumine le pouacre ;
Agitation babillarde

D’une vie vert-de-grisée ;
Collimation têtue
D’une étrave mélancolique
Au remous familier.

Monde trouble et purotin

Monde trouble et purotin,
Chuintement atrabile,
Chuchotement mouillé
D’un reflet terni ;

Les peurs ensauvagent ;
Engourdissement perisprit,
Fatigue et petits pas,
Gestes phagocytés ;

L’esprit tourneboulé ;
Ficelles à zygomatiques effilochées ;
J’observe la décarrade à chanstiquer,
Du haut de l’apophyse.

Mon allant fait buisson creux

Mon allant fait buisson creux
Dans ce silence anthropocène ;
Voix de rogomme
Comme mer indocile ;

Aménité orichalque ;
Horizons pénombreux ;
Trébuchant sur les marcottes
D’une ire houleuse ;

Aux lueurs troubles et laiteuses de l’aube ;
Scalène d’une inspiration trop forte ;
Tollé dans cette torve plénitude ;
Baste ! Je me ferai cicérone d’un chambardement !

Accorte résilience

Accorte résilience ;
Clé dynamométrique de nos résistances ;
Espérance du jusant ;
Nuages soudés par la clarté lunaire ;

Mer ourlée de brisants ;
Uchronie d’un espoir déçu ;
Friselis d’une page tournée ;
Nostalgie chronophage ;

Nuages soudés par la clarté lunaire ;
Glauques luisances ;
Embossons nos émotions
Et notre gaupe apathie.

Nodosités du temps

Nodosités du temps ;
Feutré d’une lourde et antique poussière ;
Dans une pénombre verte ;
Cri crépusculaire d’engoulevent ;

Quinquet, sanglante phalène ;
Chicane l’horizon maussade !
Suffit de se répandre en jérémiades ;
Dans les aîtres de nos pensées ;

Forçons le débonnaire à se déboutonner ;
Culbutons le folâtre ;
Soyez maudits, échevins ;
Dansons follement sur les tertres.

Clarté lunaire

Clarté lunaire s’accrochant en reflets bleuâtres ;
Trait de feu à fleur de brume ;
Lueur rousse sur l’horizon d’Est ;
Vilebrequin, troue ce miroir piqué !

Silence citadin lourd et méphitique ;
Calme banturle et félon ;
Imaginaire réduit à pauvre paréidolie ;
Lucanes agitent leurs mandibules ;

Tendresse absurde du vert ;
Bourgeons hypertéliques ;
Yeuse boudeuse, privée d’adorateurs…
Sacrée barcasse !

Anicroche de l’existence

Anicroche de l’existence ;
Murmure contrit de clabaudage ;
Atmosphère mesquine et tapageuse de la ville ;
Senteurs suries et graillonneuses prennent la bande…

Tosse notre barque ;
Adieu algarades ;
Criailleries, médisances ;
Le nœud gordien est tranché ;

Atrabilaires et vaines fumées ;
Envolés !
Grèbes, tout à coup flamboyants ;
Font obvier au sinistre.

La bruine ternit les perspectives

La bruine ternit les perspectives ;
Passants miteux et résignés ;
Tendus comme torons ;
Dans un brouillard de poussière liquide ;

Instables comme grandes dolines
Sur le miroir humide des pavés ;
Visages de galalithe songeurs ;
Perdus dans un monde inique ;

Gourmandise d’amarante ;
Dans ce décor usé ;
Virole sur l’ambition larvée ;
Scintillement heureux entre deux gerbes d’eau sale.

Qui vive ?

Qui vive ?
Au vent malsonnant ;
Zézayant un appel ;
Piaille la feuillée ;

Pensées confuses
Lourdes de certitudes prochaines ;
Muid à raz plein
Sous l’ondée ;

Marchant l’amble
Vers la vie rouge d’un grand feu ;
Lumières palpitent
Dans mon œil voilé.

Frimas valétudinaires

Frimas valétudinaires ;
Poussah égrotant ;
Potentat sur la déclive ;
Dernière pichenette sur ton visage mafflu !

Sous les nuages soigneusement frangés ;
S’affolent les mornes tarets ;
S’aiguise la vision géodésique ;
Dans un bruit aigre de soie déchirée ;

Vent coulis gourmande l’artimon ;
Le pavé bleu sonne creux sous mes pas ;
Quittons cette gibbosité nocturne ;
Aux âcres relents cynégétiques.

Ruisselle l’eau du ciel

L’eau du ciel ruisselle des ramures noires ;
Tavelure, fatale moisissure ;
Ombres bleues, redoutables comme des gouffres ;
Parade fantoche daubant le triste hiver ;

Dans une gloire de poussière ;
Des profondeurs obscures ;
Guivres nichés dans les grumes ;
Résonne une voix de Rogomme ;

Nuées hagardes sur l’aile grise du vent ;
Moignons de souches, hérissent le sol lisse et gras ;
Humus libéré de son froid linceul ;
Maudits parages… Brasille la haute feuillée !

La lumière fond

La lumière fond sur les trottoirs mouillés ;
Gerbes liquides et aventurines ;
Fantôme dans la fenêtre ;
Fondu dans les grisailles du soir ;

La pluie jase ;
Ridant le caniveau ;
Branches nues, maigres panaches ;
Fouettent des pans épars de fumées humides ;

Reflet brouillé et blanchâtre ;
Longue silhouette ;
Cœur au bout des doigts ;
Lisse et sourd comme un caillou.

La nuit martèle les toits

La nuit martèle les toits ;
Parmi les buées ;
Mains pendant aux poignets de ma veste ;
Je frissonne au Noroit ;

Solénoïdes cérébraux ;
Au guéret de la mémoire ;
Taraudent mon cortex ;
Peu me chaut ;

Pâleur de primevères ;
Comme avenue d’ombrelles ;
Berce mon amnésie ;
Au son mélancolique des brisants.

Démence télestique

Démence télestique ;
Bacchanale incarnadine ;
Extravagance pléthorique
Dans un décor monochrome ;

Grêles bouleaux argentés
Comme queues de basilic ;
Grondement de flots sombres
Heurtant un granit maussade ;

Révélée par le jusant ;
Fifre dérisoire et joyeuse musette ;
Vibre la sente odorante
Dans une houle de thyrses.

Lointain frémissant

Lointain frémissant ;
Nuit traversée d’étoiles ;
Respiration behavioriste ;
Quelque peu saccadée…

Des profondeurs boueuses de la conscience
Cahotent des sursauts discursifs ;
Vapeurs aptères d’un fantasque optimisme ;
Caresse brumeuse et apaisante…

La houle veloutée des collines ;
De pourpre vire au gris ;
Dans le silence éloquent
D’un espoir épiphyte.