Bonne mélancolie

Bonne mélancolie ondule
Comme chaland scabreux ;
Chuintement plaintif,
Désolation rudérale ;

Dans le noir sommeil,
Théorie sénile d’architecture citadine ;
Un cristal givreux se hérisse,
Proximité rassurante ;

La bonté s’en allait…
Anaglyphe sur les ombres tragiques,
Mort bleue ;
Quand un vert d’ortie s’empara des décombres.

Bruit moiré

Bruit moiré d’un matin tranquille,
Remugle d’abandon.
Baume poivré,
Le néant m’observe.

L’estacade tait son reflux,
Siffle un vent ironique,
Tire-laine d’un espoir enfantin ;
Le brouillard s’ébroue.

Tombe la pluie,
Flaques de rouille végétale
Luisant comme lunes déchues,
Je me rendors au son du sistre.

Sommeille toujours

Sommeille toujours, calme ennemi,
Tinte en mon pavillon
Ton crépitement ocreux ;
Ligne sombre sur mon ciel brouillé.

Bile éparse au vent du matin ;
Clarté lunaire ruisselant sur la nuit ;
Fabuliste en suaire d’aube glacée,
Je tavèle le sol de quolibets pointus.

Se tait tout soudain le vent cognant sur la muraille ;
Flots morts d’une mer devenue immobile ;
Suffit de m’enténébrer, inerte pisé,
Je me fais fugitive de ta parcimonieuse égide.

Soupçon tambourine

Soupçon tambourine à ma tempe ;
Acrostiches d’automne indolents
Figés dans ce vague ;
Moire dans un grêlon de flamme.

Inquiétude du rude éveil ;
Flamboiement des cieux
Sur une terre rétractée ;
Haleine économe.

Le regard se révulse à nouveau ;
Résonance ouatée du Monde ;
Navigation silencieuse ;
Bonjour douceurs amères.

Déluge sonore

Lourds nuages crèvent en un déluge sonore,
Ténèbres labourées d’averses.
Ma colère est un berceau, qu’une main balance ;
Dans la ville apathique et sale.

Apocope de mes exigences,
Prophylaxie farouche
Contre mon asthénie ;
Je lève un poing d’histrion…

Cette aube qui point l’habillera d’un ceste ;
Extatique délivrance ;
Fleur de givre ;
Claquement d’un jour clair.

Embéguée

Empéguée, ballant vers la nue
Orbe terrestre, écailles de saurien,
Lune ronde frottée d’argent ;
Dive nuit ;

Un brouillard d’eau noie la ville ;
Averse sur la poussière ;
Joie sélénite ;
Nuit impollue ;

Dans le noir de ce long minuit ;
Les opimes blandices
D’un jour ostensoir
Méritent pareil oubli.

Dense ennui

Dense ennui ;
Échappée d’or
Entamée de ténèbres ;
Épitomé d’un départ avorté ;

Que fleurisse l’Hellébore ;
Je me ferai thuriféraire
Du vent aigre comme plainte ;
Des ramures mouillées de bruine ;

S’évanouisse un présent falot
Aux contours peu amènes ;
Qu’en un formidable bruit, ébranlant les nuées ;
M’en aille vaguer vers cet horizon igné.

Comme moisissure

Jours, trainant sur toutes choses comme moisissure
Pierres mortes, argentées par la ballade nocturne des limaces;
Clair de lune cendré, rostre d’un voyage oublié ;
La nue se voûte sur une lancinante attente ;

Galalithe nature aux senteurs de pétun…
Que s’ouvre un œil d’entomologiste
Dans ton visage mafflu ;
Et que le gymnote éclaire enfin la berge ;

Silhouettes de brume prennent chair ;
S’anime la grande fumée immobile ;
S’envole cette désolation en une nuée de foulques ;
Dans un ciel apaisé, chassant peine et ennui.

Frisson de brise

Frisson de brise ;
Almes remous ;
Du profond miroir
De la langueur ;

Froufroute le soyeux
D’un vol de noctuelles ;
Fini de drosser
Repos aigrefin ;

Que l’étoupe salvatrice
Me sauve de l’anoxie ;
Ébranle l’espace jusqu’aux nuées ;
Regard vissé sur l’horizon.

Fantômes d’arbres

Fantômes d’arbres ;
Découpe bleue
Pailletée de brume ;
Glissent au fil de ma course ;

Lueur mouvante
Piquée dans la nue ;
Splendeur mélancolique ;
Glisse mon brick perdu ;

Douceur de regards que la vie exila ;
Églogue ingénue
À une fringale posthume ;
Glisse mon amertume.

Je caresse du front les nuées

Je caresse du front les nuées ;
Dans un paysage bleui ;
Par un crépuscule naïf ;
Délivré d’une poussière corrodante ;

Point besoin de trocart ;
Je connais le fluide ;
L’orbe de l’astre ;
Ambrant la moraine ;
Tranchant pierreux, douceur saxifrage…

C’est l’heure où le tout s’apaise ;
Happé par quelque être fumivore ;
La rage faisant buisson creux ;
Dans un effluve alliacé.

Escamotée comme une muscade

Escamotée comme une muscade ;
Cette pluie au carrefour d’ombre ;
Cascatelles médicastres ;
Sur une terre trop asséchée ;

Point de ladrerie pourtant ;
Pas plus de félonie ;
La ville respire à nouveau ;
Rodomontade aux grincheux ;

Activant mes pattes de iule ;
Dans un flocon de brume ;
Je ravis mon andrinople optimisme ;
Aux escarpes avides.

Que ma bouffarde odorante

Que ma bouffarde odorante ;
Pommelle joliment les cieux ;
À l’Ouest où traine encore ;
Un dernier rougeoiement ;

Vilaines solitudes ;
Friselis mélancolique ; 
Plantes rudérales ;
Carillon fantôme ;

Je serre de près le vent du large…

Miroir tavelé ;
Remugle méphitique;
Je fouaille mon inquiétude, 
d’une main de forban.

Hâve jardinet de l’attente

Hâve jardinet de l’attente ;
Poudré de fraisil ;
S’effilochent les brindilles vertes des viornes;
À l’oxhydrique lueur ;

Vilainement madrée ;
D’une impatience plébéienne ;
Narine palpitante ;
Je guette votre venue;

Frappent les trois coups du régisseur ;
Comme musique tellurienne ;
Viscères épinglés de pariétaires;
Avenez, chenapans !

Goule mâtine

Goule mâtine ;
Hoquet de boqueteau ;
Ouest teinté du sang du jour ;
Nimbant l’oseraie ;

Homoncules, gringalets ;
Misérables paltoquets ;
Disparaissent sans bruit ;
Au goudron des ténèbres ;

Accore paroi ;
Desserre ton étreinte ;
Que s’affranchisse enfin ;
Mon impertinent voyage.