Lointain frémissant

Lointain frémissant ;
Nuit traversée d’étoiles ;
Respiration behavioriste ;
Quelque peu saccadée…

Des profondeurs boueuses de la conscience
Cahotent des sursauts discursifs ;
Vapeurs aptères d’un fantasque optimisme ;
Caresse brumeuse et apaisante…

La houle veloutée des collines ;
De pourpre vire au gris ;
Dans le silence éloquent
D’un espoir épiphyte.

Cipier de métal

Cipier de métal ;
Pâle turpitude ;
Senteurs moribondes
D’anciennes splendeurs agrestes ;

Comme œil sanglant ;
Lumière lenstique
Virant du rouge au noir ;
Fume déjà l’héliographe,

Au songe du grand jour tremblant de midi,
Tordant le cou à l’éloquence ;
Le tambour de coaltar
Résonne d’un espoir tenace.

Un fol

Qu’un fol s’en sèvre m’importe peu ;
Cœur poussif, rétif à l’allant ;
Englué de cendres grasses ;
Car je m’enfuis…

Une barre de feu raye l’ombre ;
Poudroiement de pourpre
Dévoilant l’insolite
Et tout ce qui s’ensuit ;

Clartés de lune sur les épaules ;
Ma nuit s’étoile ;
Expire le fantôme de l’échauguette
En un râle fétide.

Tourbillon

Tourbillon de métempsychoses ;
Fracas entartré d’odeurs fétides ;
Bousculent cette étendue sans mystères
Aux pallides flammes de marécage ;

La lune à son déclin,
Rôde sur l’horizon,
Parangon de gabelou
À l’affut des fraudeurs ;

L’orgueil, vaincu et navré ;
Moud des mélodies à faire grincer le Temps ;
Rires et sanglots morganatiquement liés,
Pare-toi, Alchimie toquée, la fête est à venir !

Bonne mélancolie

Bonne mélancolie ondule
Comme chaland scabreux ;
Chuintement plaintif,
Désolation rudérale ;

Dans le noir sommeil,
Théorie sénile d’architecture citadine ;
Un cristal givreux se hérisse,
Proximité rassurante ;

La bonté s’en allait…
Anaglyphe sur les ombres tragiques,
Mort bleue ;
Quand un vert d’ortie s’empara des décombres.

Bruit moiré

Bruit moiré d’un matin tranquille,
Remugle d’abandon.
Baume poivré,
Le néant m’observe.

L’estacade tait son reflux,
Siffle un vent ironique,
Tire-laine d’un espoir enfantin ;
Le brouillard s’ébroue.

Tombe la pluie,
Flaques de rouille végétale
Luisant comme lunes déchues,
Je me rendors au son du sistre.

Sommeille toujours

Sommeille toujours, calme ennemi,
Tinte en mon pavillon
Ton crépitement ocreux ;
Ligne sombre sur mon ciel brouillé.

Bile éparse au vent du matin ;
Clarté lunaire ruisselant sur la nuit ;
Fabuliste en suaire d’aube glacée,
Je tavèle le sol de quolibets pointus.

Se tait tout soudain le vent cognant sur la muraille
Flots morts d’une mer devenue immobile ;
Suffit de m’enténébrer, inerte pisé,
Je me fais fugitive de ta parcimonieuse égide.

Soupçon tambourine

Soupçon tambourine à ma tempe ;
Acrostiches d’automne indolents
Figés dans ce vague ;
Moire dans un grêlon de flamme.

Inquiétude du rude éveil ;
Flamboiement des cieux
Sur une terre rétractée ;
Haleine économe.

Le regard se révulse à nouveau ;
Résonance ouatée du Monde ;
Navigation silencieuse ;
Bonjour douceurs amères.

Déluge sonore

Lourds nuages crèvent en un déluge sonore,
Ténèbres labourées d’averses.
Ma colère est un berceau, qu’une main balance ;
Dans la ville apathique et sale.

Apocope de mes exigences,
Prophylaxie farouche
Contre mon asthénie ;
Je lève un poing d’histrion…

Cette aube qui point l’habillera d’un ceste ;
Extatique délivrance ;
Fleur de givre ;
Claquement d’un jour clair.

Empéguée

Empéguée, ballant vers la nue
Orbe terrestre, écailles de saurien,
Lune ronde frottée d’argent ;
Dive nuit ;

Un brouillard d’eau noie la ville ;
Averse sur la poussière ;
Joie sélénite ;
Nuit impollue ;

Dans le noir de ce long minuit ;
Les opimes blandices
D’un jour ostensoir
Méritent pareil oubli.

La peine d’un ami

La peine d’un ami
Au regrat de la chétive ormaie ;
Chanson aigre et têtue
D’une vie empennée ;

Bon gré, mal gré ;
Chassant sur ses ancres
Dans la houle obstinée et grondante ;
Peine d’un ami ;

Tossant un piton sous-marin ;
Sourde à l’appel du campanile ;
L’espoir gras comme un muid ;
Et la peine d’un ami.

Dense ennui

Dense ennui ;
Échappée d’or
Entamée de ténèbres ;
Épitomé d’un départ avorté ;

Que fleurisse l’Hellébore ;
Je me ferai thuriféraire
Du vent aigre comme plainte ;
Des ramures mouillées de bruine ;

S’évanouisse un présent falot
Aux contours peu amènes ;
Qu’en un formidable bruit, ébranlant les nuées ;
M’en aille vaguer vers cet horizon igné.

Comme moisissure

Jours, trainant sur toutes choses comme moisissure
Pierres mortes, argentées par la ballade nocturne des limaces;
Clair de lune cendré, rostre d’un voyage oublié ;
La nue se voûte sur une lancinante attente ;

Galalithe nature aux senteurs de pétun…
Que s’ouvre un œil d’entomologiste
Dans ton visage mafflu ;
Et que le gymnote éclaire enfin la berge ;

Silhouettes de brume prennent chair ;
S’anime la grande fumée immobile ;
S’envole cette désolation en une nuée de foulques
Dans un ciel apaisé, chassant peine et ennui.

Frisson de brise

Frisson de brise ;
Almes remous ;
Du profond miroir
De la langueur ;

Froufroute le soyeux
D’un vol de noctuelles ;
Fini de drosser
Repos aigrefin ;

Que l’étoupe salvatrice
Me sauve de l’anoxie ;
Ébranle l’espace jusqu’aux nuées ;
Regard vissé sur l’horizon.

Fantômes d’arbres

Fantômes d’arbres ;
Découpe bleue
Pailletée de brume ;
Glissent au fil de ma course ;

Lueur mouvante
Piquée dans la nue ;
Splendeur mélancolique ;
Glisse mon brick perdu ;

Douceur de regards que la vie exila ;
Églogue ingénue
À une fringale posthume ;
Glisse mon amertume.

Je caresse du front les nuées

Je caresse du front les nuées ;
Dans un paysage bleui ;
Par un crépuscule naïf ;
Délivré d’une poussière corrodante ;

Point besoin de trocart ;
Je connais le fluide ;
L’orbe de l’astre ;
Ambrant la moraine ;
Tranchant pierreux, douceur saxifrage…

C’est l’heure où le tout s’apaise ;
Happé par quelque être fumivore ;
La rage faisant buisson creux ;
Dans un effluve alliacé.